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Liens économiques entre Chine et Russie : les chiffres d'une relation asymétrique
information fournie par Boursorama avec Media Services 20/05/2026 à 15:22

Le sommet des présidents chinois et russe Xi Jinping et Vladimir Poutine a mis en présence les leaders de deux puissances dans des situations économiques et diplomatiques inégales.

Vladimir Poutine et Xi Jinping, à Pékin, le 20 mai 2026 ( POOL / ALEXANDER KAZAKOV )

Vladimir Poutine et Xi Jinping, à Pékin, le 20 mai 2026 ( POOL / ALEXANDER KAZAKOV )

La Chine courtisée, la Russie sous le poids des sanctions

Depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, le bloc occidental a sévi contre la Russie. Vladimir Poutine fait lui-même l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre en Ukraine.

Pékin est a contrario au coeur du ballet international. Avant le président russe Poutine mercredi et Donald Trump la semaine dernière, la Chine a reçu ces derniers mois les chefs d'Etat français, sud-coréen, vietnamien, mozambicain, les chefs de gouvernement canadien, britannique, allemand, espagnol ou le prince héritier d'Abou Dhabi.

Vladimir Poutine pourrait croiser la route de plusieurs leaders internationaux en novembre lors du sommet de l'Apec (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique) en Chine. Il a dit mercredi à M. Xi son intention d'être présent. M. Trump a dit qu'il "essaierait" de venir.

Pas dans la même catégorie économique

La Chine, deuxième économie mondiale, a affiché un PIB de 20.000 milliards de dollars et une croissance de 5% en 2025. Elle est de loin le premier partenaire commercial de la Russie, selon les médias russes. La Russie, en revanche, se classe au cinquième rang des partenaires de la Chine, derrière les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et le Vietnam.

Le commerce entre la Chine et la Russie a constamment augmenté au cours de la dernière décennie, et s'est intensifié depuis l'invasion de l'Ukraine pour atteindre le double de ce qu'il était en 2020 , montrent des données de centres d'analyse européens.

Les échanges commerciaux ont progressé de près de 20% au cours des quatre premiers mois de 2026, "ce qui n'est pas un mince exploit", a dit M. Xi mercredi devant M. Poutine.

La Russie dépend des importations chinoises

La Russie n'a toutefois représenté qu'environ 5% des importations de la Chine en 2025, selon les Douanes chinoises. A l'inverse, la Chine a représenté plus du tiers des importations et plus du quart des exportations de la Russie en 2025, selon l'agence russe Tass.

L'économie russe s'est contractée de 0,2% au premier trimestre, enregistrant son premier recul trimestriel depuis trois ans, montrent des statistiques officielles publiées vendredi. Le Kremlin a dépensé sans compter pour financer son offensive en Ukraine, ce qui a dans un premier temps dopé la croissance. Mais cela a gonflé l'inflation et causé une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs civils.

Les attaques ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières ont aussi pesé sur les exportations de pétrole brut ces derniers mois.

Energie : la Chine compte sur la diversification de ses approvisionnements

La Russie dépend lourdement de la Chine pour écouler son pétrole, car celui-ci est sous sanctions occidentales à cause de la guerre en Ukraine. Les importations chinoises de pétrole russe ont bondi de 26% sur les quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période de l'an passé, selon l'agence Tass.

M. Poutine soutient la construction d'un deuxième grand gazoduc reliant la Russie à la Chine, appelé "Force de Sibérie 2". Les deux pays ont partagé "une compréhension des principaux paramètres" du projet, notamment concernant son tracé, mais aucun "délai de mise en oeuvre" n'a été évoqué, a indiqué mercredi le porte-parole du Kremlin, cité par les agences russes.

La Chine peut transformer son charbon en gaz

Pékin ne souhaite toutefois pas tomber dans la dépendance des approvisionnements russes, soulignent des analystes. "La Chine aime la diversification", souligne Anne-Sophie Corbeau, du Center on Global Energy Policy à l'université Columbia, aux Etats-Unis. "Elle a l'avantage dans les négociations car elle a des alternatives: elle produit elle-même du gaz – y compris du gaz de synthèse à partir du charbon – et bénéficie de gazoducs venant d'Asie centrale et de GNL" (gaz naturel liquéfié), dit-elle.

Développé au milieu des années 2010, le processus de gazéification du charbon permet ainsi à la Chine de transformer le carbone du charbon en un mix de gaz, qui peut être utilisé pour la production d'électricité, carburants ou produits chimiques. Selon les données du Center for Research on Energy and Clean Air, 276 millions de tonnes de charbon ont été traitées avec cette technique en 2024, tandis qu'une vingtaine de projets de gazéification sont en cours.

"La Russie, en revanche, a peu de débouchés: elle a perdu l'Europe, exporte encore vers la Turquie (...) et espère exporter davantage vers la Chine", note encore Mme Corbeau.

Ecart technologique

La Chine a massivement investi dans les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle (IA) pour rivaliser avec les Etats-Unis. La Russie est loin derrière. Elle est confrontée à des sanctions américaines et européennes qui l'empêchent d'acquérir les composants nécessaires à sa production d'armement. Elle dépend donc de la Chine ici aussi.

Les exportations de la Chine vers la Russie de fibres optiques, essentielles pour l'IA et la fabrication de drones, ont par exemple été multipliées par 16 en 2025 par rapport à 2024, selon les médias russes. M. Xi a déclaré mercredi que les deux pays devaient renforcer leur coopération dans l'intelligence artificielle et les technologies.

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